• Clément Beraud

    Portrait de Clément Beraud, photographe et vidéaste, qui fera son retour à Valenton avec une exposition en 2017.

     

    Clément Beraud

     © Philippe Billemont

       

        Étudiant en sociologie entre 2006 et 2008 au sein de l'université de Tours, nourri par l'étude des grands sociologues, Clément change de regard sur le monde, appréhende les rapports humains et sociaux sous un jour nouveau. Il sent un désir de l'exprimer, de donner à voir ce qui l'interroge. Sensible à l'image, son médium sera la photographie.

    Son premier projet Ancrage s'intéresse au littoral français (2011 - 2013). Ce travail fut exposé en 2013 à la galerie “La Belle Juliette” en collaboration avec les Hôtels Paris Rive Gauche et sous l’œil avisé d'Alain Bisotti, alors président du prix Photo d'Hôtel Photo d'Auteur.

    Ancrage - Le Havre  Clément Beraud, 2011

    Ancrage - Le Havre

    Clément Beraud, 2011

     

     

    Clément Beraud explique ce projet ainsi :

    « L’homme s’inscrit, depuis plusieurs siècles, dans un perpétuel changement de la nature.
    Les limites de l’espace urbain « nécessaire » à l’homme sont constamment repoussées.
    Il construit et occupe de plus en plus une place majeure dans l’environnement.

    Pour comprendre aujourd’hui ce qui peut se passer en Chine ou en Inde où l’on voit des phénomènes d’expansion urbaine majeure - où l’on construit, sans grande inquiétude de la nature qui nous entoure – il est important de porter un regard sur des pays, comme la France, qui ont connu ces phénomènes d’expansion de grande ampleur par le passé (reconstruction après la guerre, amplification des barres d’immeubles et avènement du béton dans les années 70).


    Ce travail se penche sur le regard que l’on a sur le littoral français. Un littoral bétonné, goudronné, qui obstrue l’horizon de la mer. Un littoral urbanisé qui cache le fil rouge de cette série, la mer, qui est perpétuellement bloquée par ces structures.


    Qu’arrive-t-il lorsque l’espace de l’homme s’arrête, lorsque la terre laisse place à la mer ?
    Jusqu’au dernier grain de sable, l’homme a construit. Il a bâti des infrastructures parfois austères, paradoxales, contraires à la logique de la nature.

     

    Quel regard l’homme peut-il porter à cette nature factice, dénaturée, modelée? A travers ces triptyques, ces images contemplatives composées en travelling forment un « ancrage » qui conduit le spectateur à faire le lien entre son regard personnel et ses lieux impersonnels. »

    Clément Beraud, Note d'intention

     

    Ancrage - Monaco Clément Beraud, 2011

    Ancrage - Monaco

    Clément Beraud, 2011

     

     

    Oscar sera son deuxième projet. Décembre 2012, Clément découvre une trentaine de cartes postales d’un autre temps. Elles ont été écrites par son arrière grand-oncle Oscar alors qu’il combattait pendant la guerre de 14-18. Adressés à sa sœur, ces mots décrivent son ennui, son inquiétude et sa vie dans les tranchées. Oscar habitait Valenton et partit au front le 19 décembre 1914.

     

    « Je ne savais pas grand chose de lui, mais en lisant les lettres et en regardant les photos, j’ai perçu son histoire, ses sentiments, sa tristesse quand il était là-bas. J’ai fini par me sentir proche de lui. En réalisant ce projet, j’ai eu l’impression de le refaire vivre une seconde fois, pour qu’il puisse témoigner. »

    Clément Beraud

     

    Photographie d'Oscar

    Photographie d'Oscar

     

    Après avoir lu ces lettres, Clément eut l’envie d’aller plus loin, de connaître mieux l’histoire de son arrière grand-oncle, celle d’un poilu parmi tant d’autres, d’un jeune homme cultivateur, qu’on envoie à la boucherie.

    Un important travail de recherche et de recoupement a été nécessaire afin de connaître les lieux de batailles, suivre les déplacements du régiment d’Oscar et reconstituer son parcours.

     

     

    Clément est retourné sur ces terres qui ont été le centre du monde il y a cent ans. Photographiés en argentique au format 4.5 x 6, il émane une certaine gravité de ces paysages qui ont aujourd’hui recouvré leurs fonctions originelles.

     

    L’artiste a cherché à redonner à ces lieux « communs » leur identité passée en intitulant chaque photographie par le nom de la tranchée qui la traverse et les coordonnées géographiques, des séquences de chiffres rappelant les matricules des soldats.

     

    Oscar – Tranchée de Lucifer Clément Beraud

    Oscar – Tranchée de Lucifer

    Clément Beraud

     

     

    Oscar fut exposé au centre d’art contemporain de Touzac dans une exposition collective réunissant des artistes autour d’un dénominateur commun : La Première Guerre Mondiale.

    Ce projet fut également publié dans le magazine Fish-eye n°7 de 2014, ainsi que différents webzine comme par exemple L’œil de la photographie, et Retard magazine.

    Oscar - Tranchée du Merlan Clément Beraud

    Oscar - Tranchée du Merlan

    Clément Beraud

     

    Enfin, en avril 2016, Oscar prit place au sein de l’Espace Camille Claudel de Valenton, lieu évidemment chargé de sens puisque ville d'origine d'Oscar.

    Ce projet aura une suite en 2017 avec l'édition d'un ouvrage ainsi qu'une nouvelle version de l'exposition en collaboration avec Rémi Levézier, graphiste et directeur artistique du projet Oscar. Cette nouvelle étape du projet sera présentée à Valenton, ville qui soutient le travail de Clément Beraud.

     

    Vidéaste

    Mais Clément n'est pas qu'un photographe. La vidéo est son deuxième outil de prédilection. En parallèle de son travail photographique il réalise différents courts-métrages expérimentaux tel que The System s'intéressant à la mécanisation des comportements humains. Ce film fut projeté au festival Kino Sampo à Riihimäki en Finlande en 2015.

    Autre travail vidéo, You don't exist anymore, co-réalisé avec Minna Nurmi, traite du rapport de l'Homme à la nature à travers la fragilité d'une plante en milieu hostile. Cette œuvre fut sélectionnée en compétition officielle au festival Polarized de Rovaniemi en Finlande et projeté dans d’autres festivals en Europe tels que ArtArctica ou encore ArtFutura.

     

     

     

    ADN artistique

    Les photographes de l'école de Düsserdorf tels que Gursky, Bernd et Hilla Becher, Hütte sont des influences majeures du travail de Clément tout comme certains photographes japonais comme Sugimoto et Shibata.



    Clément Beraud définit son travail en ces termes :

    « Dans mon art je tends à montrer des lieux communs, des lieux anodins dénotés de tout objet perturbateur. Sur le terrain, je me fixe un protocole strict. Garder la distance, me focaliser sur les strates de couleur, l’abstraction des lieux. Je veux garder une certaine objectivité pour amener un lien avec l’empathie que l’on peut avoir avec la partie archives, que le lieu soit évoqué en relation avec son histoire, mais qu’il puisse fonctionner également comme un paysage à part entière. 

    Plus généralement, mon approche est principalement graphique, j’attache un intérêt tout particulier à cette nouvelle photographie qui construit et déconstruit les paysages utilisant les domaines du «beau » ou du
 «moche». Ces domaines sont, pour moi, énonciateurs du changement radical de notre société et de la vision que l’on y apporte. Pour un regard non avisé, le « beau » peut-être synonyme de « moche » et vice- versa pour le photographe. J’aime donc parler de ces deux domaines dans mon approche, Qu’est-ce qui est « beau », qu’est ce qui est « moche ». Par cet intermédiaire, je développe un regard tout en lignes graphiques et singulières, travaillant aussi bien dans le paysage sur les champs, bois ou autres, que les bâtiments et autres approches architecturales dans notre environnement. »

     

    Pour Clément le médium vidéo correspond à une seconde facette de sa démarche artistique, celle de la « Nature » au sens large du terme, et notre « Nature » dans la société. Celle-ci aussi se développe, se change et se transforme, parfois en mal, parfois en bien. Ainsi, dans son travail, Clément pose la question de ce qui est bien dans notre relation à la nature et de ce qui est mal à travers le prisme de grands thèmes sociétaux.

     

    Clément résume sa démarche artistique ainsi :

    « La photographie est donc un regard objectif et neutre sur la façon dont peut évoluer le « beau » et le « moche » dans notre société. La vidéo est un regard plus subjectif sur comment et pourquoi se développent ce beau et ce moche. »

     

     

     Site internet de Clément Beraud